Le parquet de Paris a donné son feu vert pour enquêter sur un juteux contrat conclu avec l'Arabie saoudite en 1994 par le gouvernement d'Edouard Balladur, mais a suscité mardi la colère des parties civiles de l'affaire Karachi qui y voient la volonté d'écarter le juge van Ruymbeke.
Renaud van Ruymbeke, qui enquête sur un volet de l'affaire Karachi, avait demandé fin novembre au parquet de Paris d'élargir ses investigations à ce contrat, "Sawari II", conclu en novembre 1994.
Mais plut?t que d'accorder au juge ces nouvelles investigations, le parquet a décidé d'ouvrir une information judiciaire distincte, qui pourrait être confiée à un autre juge, au motif notamment que "ces faits nouveaux sont de nature différente", selon une source proche du dossier.
Cette nouvelle information judiciaire, qui vise les chefs d'abus de confiance et recel, a été formellement ouverte mardi, selon une source judiciaire.
Il revient désormais à la présidente du tribunal de grande instance de Paris, Chantal Arens, de désigner le juge d'instruction qui mènera cette nouvelle enquête.
Le porte-parole du gouvernement Fran?ois Baroin, a d'ores et déjà laissé entendre, mardi à l'Assemblée, qu'un nouveau juge serait désigné pour "accompagner les autres magistrats instructeurs dans la définition des conditions de la vérité".
Le contrat "Sawari II" portait sur la vente à Ryad de trois frégates Lafayette pour un montant d'environ 19 milliards de francs (près de 3 milliards d'euros).
Le montant des commissions, légales jusqu'en 2000, s'élevait à 18% du contrat. Selon plusieurs témoignages, ces commissions ont elles-mêmes pu donner lieu à une corruption (rétrocommissions) de décideurs fran?ais, en vue de financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole.
Un montant important de ces paiements n'a finalement pas été honoré, Jacques Chirac ayant stoppé les versements après son élection en 1995, une piste explorée pour expliquer l'attentat de Karachi qui avait tué quinze personnes, dont onze salariés fran?ais de la Direction des constructions navales (DCN) en 2002.
Selon plusieurs témoignages, deux intermédiaires libanais, Abdulrahman Al Assir et Ziad Takkiedine, imposés dans la dernière ligne droite par le cabinet du ministre de la Défense de M. Balladur, Fran?ois Léotard, ont touché d'importantes commissions.
Dans un courrier adressé lundi à Chantal Arens, l'avocat de parties civiles dans l'enquête sur l'attentat de Karachi, Olivier Morice, rappelle qu'elle a "la possibilité de désigner le même magistrat instructeur (M. Van Ruymbeke, NDLR) dans le cadre d'une information judiciaire distincte".
"Les parties civiles ne sont pas dupes de la volonté de +saucissonnage judiciaire+ du parquet qui a pour principal objectif de rendre moins efficace l'avancée d'une justice indépendante", poursuit Morice, dans ce courrier, consulté par l'AFP.
Selon Me Morice, "ceux qui orientent depuis le début de cette affaire la démarche du parquet n'ont d'autre souci que la protection de hautes personnalités politiques fran?aises susceptibles d'être inquiétées".
Dans un communiqué le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, a dénoncé des "propos diffamatoires" et assuré que "le parquet de paris n’entend pas entrer dans la polémique".
Dans son rapport, la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi jugeait "plausible", en mai, que l'attentat puisse "avoir été commandité par des intermédiaires mécontents de ne pas avoir touché de FCE (commissions, NDLR) soit sur le contrat Sawari, soit sur le contrat Agosta".
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